mercredi 1 avril 2015

Ricardo Espírito Santo - un grand mécéne

   J'ai découvert dans le nº35 de la revue "Connaissance des Arts",
   datant du 15 janvier 1955, une interview accordée par le grand 
   mécéne portugais, Ricardo Espírito Santo Silva, disparu en 1955.
       
   Grâce à lui, nous conservons à Lisbonne un magnifique musée 
   d'arts décoratifs portugais qui permet la visite d'intérieurs tels 
   qu'ils existaient au Portugal, au XVIIIème siècle.

   Voici l'interview complète de ce grand mécéne, tel qu'elle est 
   apparue dans Connaissance des Arts, à l'occasion de l'exposition 
   «Trésors de l’orfèvrerie du Portugal », qui a eu lieu à Paris entre
   les mois de novembre 1954 et janvier 1955.

    

   Entretient avec M. Ricardo Espírito Santo

 

   « Lorsqu’on n’est pas créateur soi-même,

   ce qui est important c’est de créer un ensemble

   qui exprime sa personnalité »

 

   Des quelque sept cents pièces qu’on peut voir au Musée des arts 

   décoratifs, à l’exposition «Trésors de l’orfèvrerie du Portugal », 

   vingt-cinq pour cent représentent l’apport du Dr. Ricardo do Espírito 

   Santo Silva. Ce grand collectionneur qui habite Lisbonne n’est 

   pourtant pas un spécialiste de l’orfèvrerie. Ses principales préoccupations

   vont aux meubles, aux tableaux, aux céramiques. En quarante années, 

   son éclectisme a pris des proportions considérables. À force d’acheter 

   des peintures et des dessins de Pillement, il possède aujourd’hui la plus 

   importante collection de Pillement; il en est de même pour les petites boîtes

   en porcelaine du XVIIIème siècle, pour les meubles français, pour l’argenterie 

   française du XVIIIème, pour les tapis portugais anciens.

   Récemment, il a séparé ses collections en deux :

   D’une part les objets français qu’il conserve auprès de lui, de l’autre 

   les objets portugais ou ayant trait au Portugal, qu'il a rassemblés dans 

   un autre palais. Ce palais, M. Espírito Santo Silva en a fait don 

   à la ville de Lisbonne.



   - Quels sont les premiers objets auxquels vous vous êtes intéressé?
   - Ma première pensée à été d'acheter des objets et des meubles
     pour installer ma future maison. j'avais 16 ans. Il faut dire que j'ai
     été indépendant très jeune. J'ai perdu mon père à 15 ans. A 17 ans,
     j'étais fiancé, puis marié à dix-huit.

   - Quel a été votre premier achat?
   - C'était un tapis portugais du XVIIème siècle. Il était très beau, mais
    cependant pas en très bon état. Mes frères se sont moqués de moi 
    quand ils m'ont vu 
    arriver avec un tapis aussi usagé. Je ne l'avais pas payé cher; 
    quelque chose comme 12,50 francs-or, si mes souvenirs sont exactes.

   - À quelle époque?
   - C'était en 1917.

   - À cette époque, les antiquités étaient-elles rares et recherchées 
    au Portugal?
  - Personne, ou presque ne faisait attention aux objets anciens.
   Il y en avait dans toutes les familles sans que personne ne songe 
   à leur valeur. Encore moins à les négocier. Je me souviens très bien 
   que chaque fois que j'allais chez ma grand-mère, je tombais en extase 
   devant des porcelaines qui, pour elle, n'avaient pas la moindre importance.
   Dans la cuisine, les gens de service prenaient leurs repas dans des 
   assiettes de la Compagnie des Indes, reléguées là parce qu'elles ne
   formaient plus des ensembles bien complets.
   Au moment où j'ai réellement commencé à acheter, le Portugal était 
   prospecté par tous les grands antiquaires de Paris, de Londres 
   et de New York. 
   C'était une véritable rafle. Pour s'en faire une idée, on peut dire par 
   exemple qu'ils ont emporté au moins deux ou trois cents services 
   de table de la Compagnie des Indes. Du jour où j'ai été en mesure 
   de leur tenir tête en payant aussi cher qu'eux, cet exode a été freiné. 
   Aujourd'hui la situation est totalement renversée  Il y a beaucoup de 
   collectionneurs au Portugal, et l'amour des antiquités est devenu si fort 
   que les Portugais achètent beaucoup à l'étranger.

   - Dans quels pays?
   - Surtout en France, en Angleterre et en Amérique aussi.

   - Vous est-il arrivé de racheter à l'étranger des objets qui provenaient
    du Portugal?
   - Bien sûr. Ainsi, il y a quelques années j'ai récupéré certaines pièces 
    de l'ancien palais royal, qui avaient été emmenées au Brésil dans des 
    malles royales lorsque le roi D.João VI quitta le pays pour fuir l'invasion 
    Napoléonienne. Plusieurs de ces pièces parvinrent par héritage au prince 
    D.Pedro qui devint Empereur du Brésil: ses initiales et la couronne impériale 
    y remplacent parfois l'écusson portugais. Aujourd'hui la majeur partie du 
    Trésor royal portugais est revenue au Portugal.

   - Quelle importance représente l'argenterie dans l'ensemble de vos collections?
   - C'est difficile à évaluer. Environ le dixième. Mais l'orfèvrerie mène à tout.
    Vous avez sans doute vu à l'exposition du Musée des arts décoratifs un beau
    portrait par Largillière. Il représente Thomas Germain; le célèbre orfèvre 
    montre du doigt un candélabre qu'il considère comme une de ses œuvres 
    les plus parfaites. Je possède le candélabre. Comment voulez-vous que je 
    résiste au désir d'avoir le tableau? Hélas, je n'ai pas réussi.

   - Pourquoi?
   - Il appartient à un autre collectionneur de Lisbonne, M. Gulbenkian, l'homme
    le plus riche du monde. Je lui ai déjà dit qu'il fallait que l'un de nous se décide:
    Ou qu'il me vende le portrait ou que je lui cède les chandeliers. Mais chacun
    tient trop à ce qu'il a.

   - Vers quels objets vont vos préférences?
   - Je m'intéresse à tout. Mais si vous voulez savoir ce que j'aime le mieux,
    ce sont les meubles, ensuite les porcelaines, l'argenterie, la peinture, 
    les tapis, les tapisseries.

   - Avez-vous une "recette" pour collectionner?
   - Je vais tout vous dire. Le grand secret de la réussite de ma collection,
    c'est que je n'ai jamais collectionné. Je n'ai jamais eu de plan. Tant pis. 
    Mon principe est d'acheter quand on trouve. C'est ce que j'ai toujours fait, 
    selon mes moyens.



  




   - Vous achetez tout de même selon votre goût. Vers quelles époques,
    vers quelles formes de l'art êtes-vous donc généralement attiré?
   - J'ai toujours eu un grand penchant pour le 18ème siècle et presque
    exclusivement pour les arts portugais et français. Évidemment quelques 
    exceptions confirment la règle. J'ai des primitifs flamands et quelques
    porcelaines allemandes et anglaises. Avec le nombre, bien sûr, certains
    objets ont fini par se compléter et former des collections assez complètes,
    mais jamais je n'ai acheté une seule pièce pour compléter une «série»,
    comme le font les philatélistes ou certains collectionneurs spécialisés.

   - L'actuelle exposition du Musée des arts décoratifs montre que vous 
    avez réunis un ensemble d'argenterie française du 18ème siècle
    presque sans rival dans les collections privées. En est-il de même
    pour d'autres ensembles de votre collection?
   - Il est difficile de juger soi-même ses collections. Je crois cependant 
    que mes boîtes en porcelaine de Saxe commencent à faire un
    ensemble important. Il y a aussi un peintre auquel je me suis
    particulièrement intéressé et dont je pense avoir une collection assez
    remarquable: c'est Pillement.

   - Pourquoi Pillement?
   - Parce que je pense qu'il est le plus extraordinaire paysagiste français
    et aussi parce qu'il a vécu longtemps au Portugal où il dirigeait la 
    Royale Fabrique de Soieries de Lisbonne.
    J'ai d'ailleurs trouvé beaucoup de Pillement au Portugal.

   - D'une façon générale, où et comment achetez-vous?
   - J'ai beaucoup voyagé. Maintenant, un peu moins. Mais il est rare
    que je n'ai pas envie de visiter quelque antiquaire ou quelque collection 
    privée. Surtout je surveille régulièrement toutes les ventes. Je reçois tous 
    les catalogues de Londres, Paris, de New York. Je donne des ordres 
    par téléphone. Si mes prix sont dépassés tant pis, je n'ai pas de regrets. 
    On me signale aussi d'un peu partout les pièces qui peuvent m'intéresser. 
    Ainsi je viens d'acquérir, il y a peu de temps à Lausanne, le bureau de 
    Paderewski; c'est un admirable meuble de Leleu.

   - Justement vous disiez tout à l'heure que votre préférence allait aux meubles.
   - C'est exact, j'ai toujours acheté beaucoup de meubles, d'abord par 
    nécessité, ensuite vraiment par amour. Évidemment, il sont plus encombrants 
    que les boîtes en porcelaine, mais je crois que c'est typiquement portugais 
    de faire les choses avec passion. D'ailleurs au fur et à mesure, il me fallait 
    plus de place pour tout.

   - Quel est votre style favori?
   - Le XVIIIème siècle. Plus spécialement le Louis XVI, quoique, à mon avis, 
    les plus beaux styles soient les styles de transition: le Régence et le transition 
    Louis XV - Louis XVI. Ce sont des époques de confluence artistique très riches, 
    mais qui n'ont ni virtuosité ni outrance. Pour rester dans les meubles, 
    ma préférence va surtout aux meubles de style Louis XV faits sous Louis XVI 
    ainsi qu'aux meubles de Riesener et de Wiesweiller ornés 
    de plaques de Sèvres.
    Dubois aussi est un ébéniste extraordinaire; c'est moi qui ai acheté le petit 
    secrétaire à abattant de la collection Allan Good, que vous avez reproduit 
    au moment de la vente il y a un an. Mais celui que je préfère encore, c'est 
    Leleu parce que vraiment c'est celui qui a le mieux traduit le goût français. 
    Et puis il y a les sièges qui sont pour moi des objets merveilleux; à mon sens, 
    ils ont plus de poésie que n'importe quel autre meuble.

   - Comment avez-vous résolu le problème de l'installation?
   - J'ai accumulé un stock immense d'objets et je me suis apperçu qu'ils 
    finissaient tous par avoir une utilité. Chaque fois que j'installais un salon 
    ou une chambre nouvelle, j'avais immédiatement sous la main 
    ce qu'il me fallait. 
    Je pense que lorsqu'on n'est pas créateur soi-même, ce qui est important 
    c'est de créer un ensemble qui exprime sa personnalité. 
    C'est ainsi que dans ma maison entièrement meublée en français XVIIIème,
    j'ai cherché à mettre en valeur les objets d'art que d'autres ont conçu 
    et réalisés. Tous les objets portugais, je les ai rassemblés dans un ancien 
    palais de Lisbonne que j'ai restauré à cet effet, le palais Azurara. 




     Musée des Arts Décoratifs 
     Fondation Ricardo Espírito Santo
     Palais Azurara
     Lisbonne


    En 1947, j'ai décidé de faire de ce palais une fondation d'art portugais. 
    C'est en quelque sorte le musée des arts décoratifs de Lisbonne.

   - Mais uniquement consacré à l'art portugais? 
   - Oui, ou ayant trait au Portugal. Par exemple on y voit des porcelaines 
    de Chine de la Companhie des Indes, avec des armoiries de familles 
    portugaises, quelques Pillement peints au Portugal, des portraits par 
    Quillard, l'élève de Watteau qui fut peintre de la Cour au Portugal.


    
     Musée des Arts Décoratifs 
     Fondation Ricardo Espírito Santo
     Palais Azurara
     Lisboa

    En plus une école fonctionne dans le musée; on y forme des artisans
    (il y a environs 60 élèves) qui sont initiés aux arts anciens et qui dirigent 
    des ateliers de réparations, spécialisés notamment dans les reliures 
    et les céramiques. C'est, je crois, une formule très vivante. 
    Chaque dimanche, le musée reçoit de 500 à 700 visiteurs.




     Atelier de l'École Supérieure d'Arts Décoratifs
     Fondation Ricardo Espírito Santo
     Lisboa


   - Comment s'est accomplie votre formation de collectionneur?
   - J'ai toujours eu une grande attirance pour les objets anciens.
    Je crois que pour devenir collectionneur, il faut «sentir» en soi cette même 
    vocation. C'est ce que les experts nomment l'intuition. Je crois aussi qu'il 
    faut toujours aller plus loin dans sa «passion», voir et regarder sans cesse 
    des quantités d'objets.

     FIN

   
  
    
     M. et Mme. Thomas Germain
     Huile sur toile
     Nicolas de Largillierre (1656 - 1746)
     Musée de la Fondation Caloust Gulbenkian, Lisboa



     Détail


    

     Détail
     


    Ce tableau représente l'orfèvre Thomas Germain (1673-1748) 
    dans son atelier du Louvre, en compagnie de sa femme, 
    Anne-Denise Gauchelet. Reconnu comme le "Prince du Roccaille",
    il fut nomé orfèvre du Roi en 1723, tître que l'on retrouve inscrit
    sur la lettre au dessus de la table:
    "À Monsieur Germain/Orfèvre du Roy/aux galléries du Louvre/à Paris.
    Ce tableau est habituellement désigné comme le "portrait officiel de
    l'artiste" et présente une atmosphère empreinte de réalisme.
    Certains objets représentés se reconnaissent comme créations de
    cet artiste admirable.
    Thomas Germain, maître en 1720, signale orgueilleux le candélabre 
    entouré de satyres. Ce modéle fut délivré en plusieurs séries à 
    Lisbonne, en 1757, pour la cour du Roi D.José I du Portugal,
    expédiés par son fils François-Thomas Germain (1726-1791).

    Un regard plus attentif permet de comprendre que le candélabre 
    détenu par M. Ricardo Espírito Santo, n'était pas en effet celui 
    du tableau, mais une variante. Il fut vendu aux enchères 
    par sa fille, peu aprés sa mort.

    Le 29 avril 2015, Christie's met en vente à Londres une partie de 
    la collection que la fille de Ricardo Espírito Santo, Ana Maria Espírito
    Santo Bustorff Silva, avait hérité de son père.
    

    


   






dimanche 8 février 2015

Lisboa vue de l'Espace

   L'ESA, Agence Sapatiale Européene vient de placer sur son site
   d'images, cette vue de Lisbonne et de l'immense estuaire du Tage, 
   prise par le satellite Sentinel 1-A, parti pour l'espace en avril 2014.
   Le Tage apparaît sur le côté supérieur droit de l'image. C'est le plus
   grand fleuve de la Péninsule Ibérique avec ses plus de mil quilomètres 
   de long.

 

   On peut y retrouver le Pont du 25 avril (jadis Pont Salazar), teinté
   orange (couleurs fausses remplies par le radar) et plus au Nord,
   le plus long pont d'Europe continentale, avec ses 17,2 quilométres,
   reliant la zone Nord du Parque des Nations à Montijo et Alcochete,
   le Pont Vasco da Gama.
   Pouvant supporter des vents allant jusqu'à 250 km/h et un séisme 
   4,5 plus fort que celui ayant ravagé Lisbonne en 1755 (8,7 de
   l'escale de Richter), ses fondations plus profondes ayant un diamètre 
   de 2,2 m, s'enfoncent à plus de 90 mètres au dessous du níveau de 
   la mer.
   L'estuaire du Tage, porte d'accès sur l'Atlantique apparaît au centre 
   de l'image. C'est une réserve naturelle qui abrite de nombreuses 
   espèces d'oiseaux, comme des flamants roses, et parmis d'autres
   animaux, des loutres.
   La ville de Lisbonne, la partie la plus lumineuse de l'image, se détache
   sur des tons jaunes.

   

    Sous le brouillard d'hiver, l'ancien pont traversant le Tage




    Vue en plan du Pont du 25 Avril (construit entre 1962-66)


  

   Pont Vasco da Gama


   

   La nuit...



 
    Le bout de l'aile de l'A320 de la TAP Portugal "indique" la direction
    de l'aéroport de Lisbonne. Sur sa droite, on aperçoit le long pont
    Vasco da Gama (construit entre 1996-98).

mercredi 21 janvier 2015

La liberté est indivisible

Pas d'accord avec ce qu'il dit?
Fait tout pour qu'il puisse le dire.



    
    Mes amis sont musulmans, juifs, chrétiens, boudhistes,
    spirites, républicains, monarchistes, de droite, 
    de gauche, homos, hétéros, moins jeunes, plus jeunes
    blancs, noirs, jaunes... Ce qui m'importe vraiment 
    c'est qu'ils soient TOUS mes AMIS.

    Solidaire avec les français, la tolérance et la liberté d'expression.



mercredi 31 décembre 2014

Bonne Année 2015

Dernier coucher de soleil, sur la baie de Cascais,
de l'année 2014.
10ºC ... pour nos contrées il fait froid...


















jeudi 11 septembre 2014

Un automne portugais


Belle exposition à ne pas manquer, si vous
passez par Lisbonne. La collection de
Franco Maria Ricci, au Museu Nacional 
de Arte Antiga.















Le CANTE de la province de l'Alentejo
vient d'être élevé à la catégorie  de 
Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité 
par l'UNESCO.
C'est un chant profond du peuple de l'Alentejo,
qui reflète le travail agricole et les magnifiques 
paysages des plaines de l'Alentejo.






Après la tempête,
Le 26 Novembre, 18h30'
Parede








Joyaux de la Carrière de Indes 
Exposition organisée par le Musée de l'Orient, à Lisbonne
Fundação Oriente
Du 13 novembre au 26 avril 2015

Le musée qui se situe dans le quartier d'Alcântara, présente 200 objets,
en or et en argent avec des pierres précieuses et émaux, dont la production 
se situe entre les XVIème et XXème siècles.





L'ensemble réuni à été emprunté à des collectionneurs privés,
au Museu Nacional de Arte Antiga, au Museu Soares dos Reis,
à la Fondation Medeiros e Almeida, à la Fondation Ricardo do Espírito
Santo Silva, au Patriarché de Lisbonne et aux dioceses de Santarém
et de Coimbra. Parmis les objets exposés on peut apprécier un
coffret aux armes de Álvaro de Castro, fils du gouverneur et
vice-roi D.João de Castro (1500-1548).
La Carrière des Indes était la liaison annuelle entre Lisbonne et Goa,
qui a débuté tout de suite après la découverte de la route maritime
vers l'Inde par Vasco da Gama, en 1497-1498.
Cette liaison s'est maintenue jusqu'à l'apparition de la navigation 
à vapeur et à l'inauguration du Canal de Suez.

L'exposition est magnifique. On rentre dans une ambiance exotique,
où l'on découvre des objets précieux, dont la provenance dépasse de
loin l'Inde, car la présence portugaise en Asie s'étendait du détroit 
d'Ormuz, jusqu'à l'Empire du Soleil Levant.
Les influences et interprétations des différents styles européens transmis
par les portugais - Maniériste et Barroque, surtout -, sont particulièrement 
intéressantes.
À ne pas manquer l'exposition permanente du Musée de l'Orient.



Couronne, or et verres coloriés, Goa, XIXème siècle




Poire à poudre, ivoire et argent, Ceylan (Sri Lanka), XVIIème siècle




Collier (kanthla), or, diamants, perles natureles (aljôfares), perles de verre
émaux et fils de soie, Jaipur, Inde, XIXème siècle




Cofret, bois de teck, nacre et argent, Guzarate, Inde, XVIème siècle




Divers bijoux, Inde, XVIIIème et XIXème siècles









Le 7 octobre, au Portugal, c'est
 la Journée Nationale des Chateaux


Donjon du Château de Estremoz.
Fin du XIIIème siècle.
Il est entièrement revêtu de marbre et mesure 27 mètres de hauteur.
Alentejo, Portugal




Enceinte du Château d'Alandroal.
Fin du XIIIème siècle.
Alentejo, Portugal




Vue sur l'extérieur ,à partir d'une muraille du Château d'Alandroal.
Alentejo, Portugal.




L'automne s'installe. La lumière est particulièrement 
émouvante et les tonalités sont suaves et pleines
de tranquilité. Celles du ciel, des arbres, des fruits...
Le Portugal sous le charme de l'automne, après un
été pas trop chaud et fort agréable.
Et c'est le retour aux sales de cinéma ... et aux expos.



La Baie de Cascais, le 26 septembre, vers 19h30'




C'est l'automne!



S P L E N D O R   E T  G L O R I A
Cinq joyaux d'exception du XVIIIème siècle portugais
Du 24 septembre au 4 janvier 2015
MNAA, Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne





Dans une société à la fois sérielle et éclatée, le musée
assume un rôle qui n'est pas tellement éloigné de la vocation
de certains rites religieux. C'est à travers lui que les collectivités
prennent conscience d'elles-mêmes. La présence d'objets qui
fascinent par leur ancienneté, parce qu'ils ont survécu aux aléas
de l'histoire, (...), que la mémoire enrichit et restructure, en fonction
des défis du présent. Le musée privilégie alors la continuité, qui
ancre le présent inchoatif dans le monde ordonné d'autrefois.

Freddy Raphaël



Cette exposition magnifique!, que je viens de visiter,
présente les splendeurs artistiques de la Cour 
de Lisbonne au XVIIIème siècle, à travers le talent exceptionnel 
de João Frederico Ludovice et Mateus Vicente de Oliveira,
architectes, le sculpteur Joaquim Machado de Castro
et les joaillers de la Couronne, Adam et Ambroise Gottlieb
Pollet (français d'origine polonaise, établis à Lisbonne).
C'est la première fois que sont réunis ces 5 chefs-d'œuvre 
d'exception: le Grand Ostensoir de l'Église du Palais de Bemposta, 
à Lisbonne, qui intègre les collections du MNAA,
le Grand Ostensoire en or du Siège du Patriarché (Lisbonne),
la Grande Auréole du Seigneur Jésus de la Passion (Lisbonne),
la Grande Auréole du Seigneur Saint Christ des Miracles (Ponta
Delgada, Açores) et le Grand Insigne des Trois Ordres Militaires
(Palais National d'Ajuda, Lisbonne) - dont je vous parlerai
dans la 2éme partie des Joyaux de la Couronne Portugaise.
À ne pas manquer, si vous visitez Lisbonne!




Montage de l'exposition

À gauche, le Grand Ostensoire du Siège du Patriarché,
à gauche, Grand Ostensoire de l'Église du Palais de Bemposta,
au centre, à gauche, la Grande Auréole du Seigneur Saint Christ 
des Miracles, à droite, la Grande Auréole du Seigneur Jésus de la Passion.




Grand Ostensoire du Siège du Patriarché 
17kg d'or, 4100 pierres précieuses 
(diamants, rubis, saphirs émeraudes...)
João Frederico Ludovice (attr.), Pedro da Silva et 
Joaquim Caetano de Carvalho
Portugal, 1760




Grande auréole du Seigneur Saint Christ des Miracles
Or, vermeil, diamants, émeraudes, saphires, topazes...
40cm de diamètre 
Mateus Vicente de Oliveira (attr.), Adam Gottlieb Pollet
Lisbonne, 1777-1786
Sanctuaire du Seigneur Saint Christ des Miracles
Ponta Delgada, Île de São Miguel, Archipel des Açores


Objet de grande dévotion, il surplombe
une statue du Christ (voir ci-dessous) et n'avais jamais 
quitté les Açores.
Il y retourne le 31 octobre...ce ne fut pas facile de convaincre
les populations de le laisser partir...
Pour le reste, l'expo continue jusqu'au mois de janvier 2015.








Grande Auréole du Seigneur Jésus de la Passion
João Frederico Ludovice (attr.)
Lisbonne, c.1745
Or
Real Irmandade da Santa Cruz 
e Passos da Graça, Lisboa




Grand Ostensoire de l'Église 
du Palais de Bemposta, à Lisbonne.
Le roi consort D.Pedro III, mari de la 
Reine D.Maria I, en fit la commande vers
1775, à Ambroise et Adam Gottlieb Pollet.
Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa




Détail du Grand Ostensoire 
de l'Église du Palais de Bemposta, à Lisbonne





Grand écrin pour l'Ostensoir de l'église du Palais de Bemposta
Bronze doré et marocain teinté rouge
Portugal, XVIIIème siècle
Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa





Grand insigne des Trois Ordres Militaires et Religieux, réunis
par la Reine D.Maria I (Christ, Avis et Saint Jacques de l'Épée) 
surmonté du Sacré Coeur.
Ambroise Gottlieb Pollet
Portugal, Lisbonne, 1789
Or, argent, brillants, rubis, émeraudes
159x102x20mm
Palácio Nacional da Ajuda, Belém 








CINÉMA, CINEMA!




Nouveau filme du réalisateur portugais, João Botelho,
d'après le roman d'Eça de Queiroz, écrivain célébre
de la deuxième moitié du XIXème siècle.
Le filme sort aujourd'hui dans les sales de cinéma.
Je vous en dirai plus, après l'avoir vu!
Dans les Maias, qui est le nom d'une famille portugaise,
Eça de Queiroz représente la société lusitane
d'alors. Société qui n'a en effet pas beaucoup 
changé depuis...
La mentalité est souvent la même qu'au 19 éme siècle
et je dirais même plus, en la comparant au 18éme...
À voir.

Et je reviens du cinéma. La sale était pleine!
Ça fait plaisir de voir que le bon cinéma portugais 
a du succès et que malgré toutes les difficultés 
il est plein de vitalité.
Faute d'argent...la crise, toujours la crise... - je crains
bien que depuis ma naissance, je n'ai jamais entendu parler
que de périodes de crise... -, les scénarios extérieurs 
se dessinaient sur de grandes toiles. 
Pas mal, l'esthétique théatrale voir même une certaine
ambiance d'opéra. 
Bien réussie la scène se passant à l'hippodrome où on jouât 
l'Himne de la Charte (himne national avant le 5 octobre 1910).
Pas si bien, les fonds simulant les magnifiques paysages
de la vallée du Douro. Les "rues" du Chiado, en plein centre 
de Lisbonne, sont acceptables mais, la vue de la Sé (catédrale), 
représente ses clochers après les interventions des années 40 
du XXème siècle...
Dommage que les scénes se passant au Théâtre São Carlos,
ne montrent pas un peux plus d'un espace magique et
parfait pour intégrer un interprétation de l'œuvre 
d'Eça de Queiroz.
Les intérieurs se répartissent entre le palais où vécu 
Veva de Lima, fille de Carlos Mayer - um membre du groupe 
intellectuel d'alors, "Os Vencidos da Vida" (les vaincus de la vie),
dont l'écrivain Eça de Queiroz était membre, tout comme
le Roi D.Carlos -, mais aussi des manoirs à Ponte de Lima
et à Cabeceiras de Basto, dans le Nord du Portugal.

Petites erreurs qui auraient pu être évitées, pour les
les intérieurs, et je suis lá au détail, mais il faut ce qu'il
faut... Une lampe à abat-jour, vers 1875... Une lampe à
pétrole aurait été parfaite. Une applique à tableau sur
une toile représentant Alexandre Herculano, historien,
poète et écrivain portugais du 19éme...
Essentiellement masculine, l'ambiance du filme traduit
une bourgeoisie indolente - touchant le dandysme -,
décadente qui se moque du peuple et se réfugie à Paris,
afin de prendre ses bains de civilisation.
Le culte des  apparences, l'hypocrisie sociale et la corruption 
dans le milieu politique d'alors, semble en effet se refléter 
sur un Portugal d'aujourd'hui qui, tant bien que mal,
continue de vivre de dettes, de scandales, de petite
politique qui ne regarde pas plus loin que le bout de son nez,
sans projection et souvent bien médiocre. Et cela sans
épargner aucun quadrant du spectre de la partidocracie.

L'argument du filme je ne vais vous le révéler...mais je vous
laisse une phrase d'Eça de Queiroz qui en dit beaucoup:

"Sobre a nudez forte da Verdade 
o manto diáphano da phantasia"

Qui veut dire:
 
"Sur la nudité intense de la Vérité 
le manteau diaphane de la phantaisie"


À la fin du filme, des applaudissements éclatèrent. 
Et ça c'est la magie et le charme des pays du Sud de l'Europe.
Bravo João Botelho!
À quand le prochain film?!







Le long métrage "Les lignes de Welliington", film franco portugais, 
explore l'invasion française du Portugal entre 1809 et 1810, 
par les troupes du Maréchal Massena. Le filme a eu un budget 
de 4,5 millions d'euros et à été tourné dans la région de 
Torres Vedras, au Portugal, endroit où se sont produits 
les grands événements.
Sorti en 2012, il a intégré des acteurs de plusieurs nationalités,
comme John Malkovick, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, 
Soraia Chaves, Mathieu Amalric, Carloto Cotta, Marisa Paredes, 
Chiara Mastroianni, Melvin Poupand, Michel Piccoli, Clotilde Hesme, 
Nuno Lopes, Albano Jerónimo, Gonçalo Waddington, Joana de
Verona, Victória Guerra, Vincent Pérez...


Alors que les troupes napoléoniennes du Maréchal Massena 
envahissent depuis l'Espagne, en 1809, le nord du Portugal 
pour renverser la Monarchie Portugaise et mettre totalement 
en place le blocus continental contre le Royaume-Uni, les erreurs 
tactiques du maréchal français entraînent de lourdes pertes dans 
les rangs de son armée lors de la bataille de Buçaco.
Ces erreurs permirent aux troupes britannico-portugaises de se replier 
stratégiquement en septembre 1810, au sud, derrière une ligne 
de fortifications créées de toutes pièces par Wellington, qui n'hésite 
pas à pratiquer une politique à outrance de la terre brûlée.
Chargées de défendre Lisbonne, les lignes de Torres Vedras, 
constituées de forts construits depuis 18 mois - dans le plus grand 
secret -, par les portugais sur les plans anglais, en trois rangs de 
15 lieues de large, entre l'océan et le Tage, sont l'ultime chance 
de contrer l'avance du corps d'armée français. 
La population rurale entièrement réquisitionnée pour cela paie 
un lourd tribut en matériel et en destruction du pays. 
À l'exode massif vers le sud, s'ajoutent les exactions des français 
et les pillages de diverses bandes organisées, factions, et déserteurs. 
Le pays est exsangue, mais nourri par la volonté farouche de la lutte 
nationaliste et religieuse pour battre la France révolutionnaire, malgré
l'absence au Brésil du Prince Régent, D.João; les Français sont 
décimés et affaiblis par les guérillas, la faim, et l'absence de logistique; 
et Wellington obsédé par son image et celle qu'il laissera dans l'histoire.
Lors de sa sortie en France en novembre 2012, la critique du Le Monde
souligne particulièrement le réalisme du film et l'analyse qu'il propose 
de la véritable nature de cette guerre dans un « précis de destruction 
mêlant la beauté plastique [...] à la description d'une situation cruelle» 
tout en s'écartant de vouloir filmer des grandes batailles pour s'attacher 
aux conséquences à l'arrière du front, sur les troupes et sur les populations, 
une fois le brouillard de la guerre dissipé.